Une émission de radio sur les usages : "Technologies et comportements" (14/08/2008)
Un article de FormaVia.
Dans l'émission "Tout s'explique" sur France Inter du 14 août 2008 (diffusée à 14h), deux experts des usages des médias informatisés, Valérie Baudouin et Jean-Michel Cornu, s'expriment sur les transformations et les enjeux sociaux qu'implique le nombre croissant de technologies dans nos échanges et dans nos pratiques quotidiennes. Nous écrivons de plus en plus et nous parlons de moins en moins... La nature des traces que nous laissons changent.
L'émission peut s'écouter en ligne et/ou se télécharger pour balladodiffusion pendant une semaine.
Sommaire |
Le constat de la multiplication des médias informatisés et de leur miniaturisation s'impose, malgré leur discrétion. Les transformations médiatiques en cours modifient nos modes de relation et nos comportements marchands.
Valérie Baudouin est directrice du laboratoire sur les usages d'Orange Labs.
Jean-Michel Cornu est expert européen des nouvelles technologies, : les ordinateurs vont évoluer et vont tendre à disparaître, au sens où ils vont tendre à l'invisibilité, ou simplement devenir muets pour qu'on puisse tout de même les repérer.
Evolutions des objets médiatiques
Regarder l'évolution du nombre des médias présents dans les foyers et l'évolution de leur nature est un précieux renseignement. La télévision et la radio étaient les principaux médias ; aujourd'hui, entre les ordinateurs et les mobiles, les « terminaux », les différentes connexions aux réseaux (télévision numérique, mobile, internet), les objets médiatiques ont investis l'ensemble des lieux publics et privés. Il y a eu une transformation énorme en moins de quinze ans.
Le temps consacré à l'usage de ces objets est aussi un critère intéressant pour comprendre leur place et l'investissement dont ils . Thomas Beauvisage a mené une étude qui montre que les personnes équipées d'ordinateurs passent en moyenne 9 h 00 par semaine devant leur écran. Et sur ces 9h00, deux tiers de ce temps sont consacrés à la consultation sur l'internet.
Et ces usages peuvent être étonnants par rapport à l'usage initial de l'objet médiatique. L'histoire du téléphone est, à cet égard, édifiante : le téléphone était conçu pour écouter des opéras et des pièces de théâtre. Il était pensé comme un média de diffusion culturelle. Mais, rapidement, il est devenu un outil de communication interpersonnel. L'appropriation est un phénomène supplémentaire à celui de l'innovation.
Le téléphone mobile devait principalement être utilisé dans les transports, et notamment, dans la voiture ; or, rapidement, son usage s'est répandu dans la sphère professionnelle et la sphère domestique. On voit se développer l'entrelacement des usages : à faire plusieurs tâches en même temps. On regarde la télé en tchatant ou en envoyant des SMS. Et cela transforme d'être avec les autres. Autrefois, on ne menait que rarement plusieurs conversations en parallèle. Cette capacité à gérer des niveaux conversationnels différents se généralise par l'usage de différents dispositifs médiatiques juxtaposés : messagerie instantanée, conversation téléphonique, etc.
Le retour de l'écriture
Valérie Baudouin rappelle une référence de base, une enquête produite dans les années 80 par Pascal Périn et Nicolas Curien (« La communication des ménages : une cartographie socio-économique », coauteur Pascal Périn, Futuribles, N° 65, pp. 35-58, 1983.). Cette enquête montre que dans les échanges interpersonnes, 45% des échanges avaient lieu en face à face, 45% par téléphone et 10% par écrit, et plus précisément par courrier. Or, aujourd'hui, l'écrit a pris une place extrêmement importante dans les échanges, sans pour autant avoir remplacé l'oral.
Les courriels sont une forme écrite particulière. Beaucoup de travaux insistent sur la surcharge cognitive créée par le traitement de la messagerie et l'excès d'information. Il faut développer des compétences et des aptitudes spécifiques pour gérer ce flux d'information. Cela nécessite des adaptations cognitives pour être capables de ne pas être noyé par ces flux.
Les sites internet sont une autre forme écrite qui fait partie de notre usage des nouveaux médias. Valérie Baudouin, citant les travaux de Thomas Beauvisage, souligne les variantes des profils de parcours sur l'internet : des parcours exploratoires ou balisés.
Jean-Michel Cornu précise qu'on n'écrit pas de la même manière qu'avant : auparavant, l'écriture se concentrait sous des formes de monologues. Et l'écrit se concentrait dans des formes clôturées. Or, aujourd'hui, il y a des formes hybrides qui croisent le dialogue et l'écrit. Dans le flot de productions, l'important est de savoir reconnaître les bonnes informations, c'est leur qualification. La question n'est plus de savoir si l'on écrit ou si l'on parle, mais ce que l'on fait avec ces productions. Valérie Baudouin rappelle que l'écrit avait avant la fonction de mémoire, et que les frontières sont difficiles à établir dorénavant : qu'est-ce qui doit être conservé et archivé?
Les contenus et les pratiques culturels
Les formes des contenus culturels sont entrain de se diversifier. Il y a une montée en outre des pratiques amateures : le nombre de producteurs de contenus est plus important. Cette généralisation de la production amateure est montée en puissance sur ces trois dernières années. En 2005, les sites comme Daylymotion et YouTube avaient une fréquentation très faible, fin 2006, 40% du trafic était concentré sur ces sites.
Il est aussi important de voir que la visibilité est variable d'un site à l'autre. Ce sont les travaux de Dominique Cardon qui mettent en perspective les modes de présentation de soi et les formes de sociabilité attendues. Sur Second Life, il y a un écart important avec le profil réel ; contrairement à un réseau social professionnel où il y a une grande cohérence avec le profil réel.
Les médias informatisés bousculent les pratiques culturelles : la consommation de livres baisse tandis que la consommation de musique et de vidéos est en augmentation. Roger Chartier utilise une image pour mettre en évidence cette évolution des pratiques culturelles : on passe d'une consommation intensive à une consommation extensive, c'est-à-dire que la tendance va à la multiplication des produits consommés, plutôt qu'à plusieurs lectures ou visionnages d'un même produit culturel.
Jean-Michel Cornu précise qu'il est aujourd'hui difficile de savoir ce qu'il va exactement se passer dans l'évolution des objets. Il reprend l'exemple de la baguette magique et de la cape d'invisibilité présentée au forum des usages coopératifs ( ).
Jean-Michel Cornu souligne que les objets deviennent plus polyvalents grâce au papier électronique. Philips développe un papier électronique sur lequel on peut écrire et annoter.
On a deux problèmes : celui de la mémoire. Comment je fais pour être oublié ? Comment je fais pour retrouver ? Le problème de la mémoire est que l'outil de lecture n'est plus seulement l'oeil, mais un dispositif technique. Cela pose la question de la pérennité des supports.
Nous sommes devenus des acteurs de l'innovation : l'exemple le plus flagrant est Wikipédia.
Usages et mobilité
La présence des services sur l'ensemble des objets se généralise : le téléphone sur la télévision, l'ordinateur et évidemment le téléphone. C'est le déplacement qui oblige à passer d'un objet technologique à un autre. Il pourrait y avoir une continuité des services entre les différents objets médiatiques. La distinction est plus au niveau dans l'usage plutôt que dans l'objet en lui-même.
Finalement, les intervenants sont d'accord pour dire qu'il y a un droit à la déconnexion!
Cependant, des études montrent que les objets comme le téléphone peuvent devenir des moyens 'accéder à des services supplémentaires notamment en Afrique.
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