Territoires et réseaux d'acteurs : le numérique au service des synergies locales ?

Un article de FormaVia.

Une amorce de réflexion sur les Territoires en réseaux


Espaces appropriés par les sociétés, investis d'une identité commune, les territoires ont longtemps été opposés aux réseaux. Et le développement des réseaux de communication -et en particulier d'internet- a pu laisser croire un temps à leur fin, suite à l'abolition des distances.

Perçus comme immatériels, les réseaux facilitent surtout la communication entre ceux qui y sont reliés et permettent effectivement, parfois (quand ces conditions sont réunies - c'est à dire quand les acteurs sont effectivement connectés), de s'affranchir des contraintes liées à la distance physique, voire sociale. Par ailleurs, leur développement donne également lieu à de nouvelles formes de rapprochements -et de fractures-, qui ne seraient plus tant liés à la proximité géographique entre acteurs, qu'à une proximité thématique et/ou affinitaire.


Cependant, force est de constater que les réseaux ne remplacent pas le territoire : espace commun, au-delà des fractures et les différences, espace vécu, parcouru, habité, socle commun support des projets et des relations quotidiennes, le territoire n'est pas mort, et connait au contraire un renouveau à travers le regain pour l'affirmation des identités locales, et la territorialisation des politiques publiques.


Un temps accusés de détruire les dynamiques locales, les réseaux sont maintenant davantage perçus comme une forme d'irrigation du territoire, comme des liens qui unissent le tissu local, et jouent un rôle majeur dans sa structuration.


Sur internet, les réseaux de communication -conduits techniques nécessaires, inscrits dans des espaces bien identifiés- ont cédé le pas aux réseaux sociaux qui, dans une forme renouvellée, réinventent les logiques territoriales dans l'espace numérique. Qu'elles aient lieu dans l'espace physique, ou dans celui dit "numérique" d'internet, des interactions sociales se produisent et des rencontres s'opèrent : divers nouveaux groupes sociaux apparaissent, investissent ces espaces, les "habitent", se les approprient et, finalement, "font" territoire.


Territoires et réseaux sociaux développent la même logique horizontale -spatiale-, et renvoient à la notion de plateforme. Tous deux forment un socle commun identifié par ses "habitants", et permettant de faire la connaissance d'autres acteurs "locaux". Car physiques ou numériques, mais toujours habités, les territoires sont avant tout des espaces collectifs, qui permettent d'abord d'identifier les personnes "proches", puis l'émergence de nouveaux réseaux et de projets.


"Territoires numériques", qui existent en parallèle des organisations traditionnelles, les réseaux sociaux instaurent-ils un nouveau dialogue au niveau du territoire physique ?

Car si les territoires physiques partagent un substrat unique par essence, cet espace géographique qui impose 'visuellement' le vivre-ensemble, ce n'est pas le cas des réseaux sociaux, multiples et divers, qui peuvent coexister et se recouper tout en s'ignorant totalement.


Comment dès lors travailler de manière plus efficiente et réactive entre acteurs régionaux ? Comment identifier, dans ces formes de territorialité émergentes, les zones de recouvrement, et comment les outils réseau peuvent-ils tenter de répondre à ce besoin de mise en cohérence au niveau d'un territoire ? Comment porter un projet global qui profite au collectif sans disperser les efforts locaux ?


N'y a-t-il pas urgence à éviter la divergence entre des logiques d'organisation différentes, mais complémentaires ? Comment s'appuyer sur les organisations locales et réseaux existants pour intégrer et en mettre en cohérence le travail des acteurs territoriaux ?

D'initiatives en expérimentations, des pistes se dessinent : territoires physiques et réseaux sociaux se complètent, et les territoires numériques font le lien entre les espaces géographiques et numériques, entre les organisations traditionnelles et celles qui s'organisent via internet.


Quid des plate-formes territoriales et thématiques, vastes ensembles susceptibles de fournir une information fiable et actualisée, ainsi qu'une certaine visibilité aux acteurs locaux, et favorisent les rencontres, en jouant sur des facteurs d'échelle ?

Quel intérêt pour des espaces partagés, plus ou moins restreints, qui peuvent offrir une certaine familiarité et confidentialité, et faciliter l'organisation de projets communs ?

Quelle place donner aux systèmes d'information et de cartographie, qui rendent possible une nouvelle lecture du territoire et stimulent le développement de nouvelles politiques publiques, comme d'opportunités économiques et sociales pour toutes formes d'organisations ?

Quel impact enfin aurait la constitution d'un territoire numérique régional avec des biens communs numériques, sorte de mutuelle de la connaissance sur lesquelles de nouvelles dynamiques économiques et sociales seraient susceptibles de se fonder ?


A ces questions se superposent celles de l'échelle pertinente pour mettre en oeuvre divers projets, celle de qui est légitime pour coordonner et organiser les réseaux territoriaux, celle de l'articulation entre ces différents niveaux d'actions et d'organisation... puis celle des moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir : quoi mutualiser, avec quels choix techniques, quels outils, impliquant quelles structures et quelles personnes ?

Et au fond : comment répondre de manière pérenne à ces questionnements, non en faisant en sorte que les réponses apportées soient gravées sur marbre, mais qu'elles évoluent en fonction des évolutions de nos sociétés ?


Quelques articles et références en lien avec ces réflexions ouvertes



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