L'atelier Accès à Internet pour tous des Assises du numérique à Paris
Un article de FormaVia.
Dans le cadre des Assises du numérique, l'atelier "Accès à internet pour tous" a réuni le 26 juin une quarantaine de personnes. L'atelier était structuré autour de trois axes : l'accessibilité à l'internet des personnes handicapées, l'accès public à l'internet, le développement des services informatiques à la personne.
Premier axe :
Dominique Burger, INSERM, président de l'association BrailleNet
L'association est le fruit d'un partenariat entre les secteurs de la recherche, des industries et du milieu associatif : elle a pour objectif de promouvoir les applications des nouvelles technologies pour l'insertion des handicapés visuels.
Elle a mis en place une bibliothèque de ressources spécialisées à destination des professionnels de l'insertion des personnes handicapées visuelles. Elle a développé le programme Accessiweb qui permet d'évaluer la qualité d'accessibilité des sites web et autres productions numériques. Aujourd'hui le décret de la loi de 2005 sur l'accessibilité des services en ligne aux personnes handicapées est paru, il est donc impératif que les acteurs du développement et des services en ligne prennent connaissance des enjeux liés à l'accessibilité des contenus par les personnes handicapées. Il est précisé que l'article 47 de la loi n°2005-102 pour "l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" précise : "Les services de communication publique en ligne des services de l'Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées [suivant] les recommandations établies par l'Agence pour le développement de l'administration électronique".
Dominique Burger effectue ensuite un rappel historique des principales interventions sur l'accessibilité du web :
1997 : le W3C publie le web accessibility initiative ;
1999, formulation des premières recommandations ;
2003, proposition du référentiel accessiweb ;
2004, inscription des recommandations dans un référentiel accessibilité par l'ADAE ;
2005, lancement d’une enquête sur les besoins en terme de certification de l'accessibilité des sites Web en Europe.
Dominique BURGER insiste sur le fait que la question de l'accessibilité numérique et du web en particulier, ce n'est pas une affaire de bonnes volontés, mais une affaire industrielle. En effet, si les developpeurs de logiciels et de services numériques ne sont pas impliqués dès le départ, rien ne changera. Aujourd'hui, à peine 3% des sites web publics respectent le minimum des applications en terme d'accessibilité. Il s'agit d'intégrer le plus tôt possible les modalités d'accessibilité dans la chaîne du développement. Il faut que les acteurs industriels prennent conscience que c'est un investissement plus qu'un coût.
Accessiweb propose des instruments pour agir dans ce sens. La formation est un point de départ important (création d'un D.U.). Aujourd'hui, sont développées des formations très courtes sur les questions d'accessibilité qui permettent de développer les savoirs et savoir-faire essentiels.
Dans le développement de l'accessibilité des sites, la phase d'audit est importante parce qu'elle renvoie aux vérifications de la conformité. L'association a produit un guide (5000 téléchargements) à destination des ingénieurs informatiques. Elle a en outre mis en place un groupe de travail sur ces questions avec des chercheurs, des ingénieurs et des acteurs associatifs.
Aujourd'hui, parmi les instruments qui existent, il y a une norme (W3C) et un référentiel publié prochainement. Tout ceci constitue une base solide. Il y a des obligations légales, des guides techniques de recommandations. Il existe aussi Euracert produit par l'Europe.
Il manque aujourd'hui une spécification dans les appels d'offre, il manque des outils de contrôle et des outils de production.
En conclusion, il semble nécessaire d'une coordination nationale ou européenne par un bureau.
Pour travailler dans cette direction, la DUI et Braille Net a décidé d'unir leur force pour développer les actions dans la direction d'accessibilité.
Georges Bénhamou confirme la signature d'une convention entre la DUI et BrailleNet : il s'agit d'avoir en amont une démarche d'accessibilité visant l'ensemble des publics.
Christophe Rousseau, ingénieur d'études à l'université de Nice-Sophia-Antipolis
la formation a été mise en place et développée par l'Université de Nice – Sophia Antipolis et l'université de Mulhouse. Il s'agit d'une formation à destination des Chargés de communication et webmaster des universités françaises. Un ensemble de supports a été constitué pour prendre en compte les difficultés à partir notamment de vidéo : chaque vidéo met en scène une personne qui rencontre des difficultés de lecture. Cet outil s'adresse au plus grand nombre.
Une action avec le W3C vise à mettre en avant le défi technologique et économique pour mettre en place des formations sur ces questions de l'accessibilité du web aux personnes handicapées.
Stéphanie Lucien-Brun, chargée de projet Handicap International, Icom de Lyon
L'association travaille depuis 10 ans sur des projets d'accessibilité. La présentation se concentre sur l'accompagnement des personnes en situation d'handicap. L'accès n'est pas forcément et uniquement centré sur l'outil ; il s'agit en effet d'inscrire l'usage dans des projets de vie. L'association travaille au niveau local à destination des personnes en fournissant un service adapté. On essaye de repérer comment favoriser un accompagnement humain, notamment pour les enfants autistes. On parle d'une pleine inclusion sociale : les techno devenant des leviers d'accès au droit.
Aujourd'hui, il n'y a aucune difficulté pour financer un ordinateur comme outil de compensation. Mais qui forme les animateurs ? Qui propose une information fiable et adaptée sur les différentes solutions matérielles et logicielles ? Qui forme les enseignants, les ergo-thérapeutes à l'accompagnement des personnes en situation d'handicap? Ces interrogations sont reproductibles sur d'autres usages non professionnels.
Au centre Icom, il y a une mise en œuvre de ce type de formation et d'accompagnement. L'association pense que les EPN sont des lieux privilégiés au développement des usages et de la culture numérique. Les EPN sont souvent prêts pour suivre des personnes, mais ils manquent de ressources au regard de la diversité des handicaps. Les problématiques sont alors très différentes dans l'utilisation des TIC. Il s'agit aussi de travailler sur la transversalité en permettant les échanges entre les professionnels en charge des personnes handicapées.
Il se passe des choses très intéressantes au niveau européen : mais il est encore difficile pour les acteurs de terrain de s'inscrire dans ces politiques complexes et larges.
Dominique BURGER est frappé par la qualité du travail qui est fait au sein des associations : les acteurs de terrain ont dépassé la phase de sensibilisation. Il y a beaucoup d'actions produites. Mais ces actions sont morcellées. Il manque un accélérateur de bonnes pratiques au niveau national. Le travail que fait Icom va dans le sens d'une valorisation au niveau national pour que les barrières ne soient pas aussi importantes. Les Assises doivent être le lieu pour définir des actions de mutualisation.
Bernard Benhamou précise qu'il serait intéressant de regarder ce qui se fait en Europe.
La suite des Assises sera constituées par le suivi et la préparation de la conférence de Vienne et comportera un volet sur cette phase de mutualisation.
Deuxième axe :
Hedwige Cornet, chargée de mission à la DUI, présente le second axe de l'après-midi. Les EPN sont des lieux d'accès et d'accompagnement à l'usage de l'informatique qui ont d'abord été ouverts à l'initiative des collectivités locales. La piste de travail consiste à compléter le maillage du territoire et d'améliorer leur visibilité et leur mode de fonctionnement.
Michel Briand, Adjoint au maire de Brest, en charge de l'économie solidaire
Michel Briand intervient sur les questions locales de l'accès public : les premiers PAPI ont été créés en 1998. A brest, la politique d'accès public s'intègre dans une politique plus globale de lien social. Elle évolue avec les techniques web 2.0 avec notamment le démarrage de projet de mémoire collective qui s'écrit dans le wiki-brest.
La démarche de l'accès public répond à la prise de conscience qu'il y a encore 40% des personnes qui n'ont pas accès à internet. Or, cela pose une véritable question à la société. Il y a très peu d'études en France sur les publics qui ne sont pas intéressés ou qui n'ont pas d'accès à l'internet. La démarche de Brest a été de s'appuyer sur un tissu de proximité. On s'aperçoit que chaque année il y a environ 10 lieux nouveaux qui s'ouvrent. L'animateur d'un lieu qui n'est pas forcément culturel, mais qui a un rôle social et structurant dans le tissu urbain se rend compte que les personnes ont besoin de consulter des sites. Ils font une demande en mairie pour devenir un PAPI : ils incluent alors dans le service de départ un nouveau service d'accès public.
Ces lieux sont extrêmement diversifiés (de la bibliothèque aux douches publiques). Si l'accès public a sa place dans tous les espaces publics de l'administration, l'important est de mettre en place une politique claire en matière d'accessibilité. Le projet actuel s'appuie sur la création d'un album interactif pour valoriser les types d'accès. Ces lieux sont décrits dans le wiki-brest.
On s'aperçoit que cette mise en place permet l'émergence d'une série de projets qui n'étaient pas visibles ou qui attendaient un élément extérieur pour pouvoir s'épanouir. Ainsi, de nombreux usages se font valoir : des site sde quartier etc.
Dans les enquêtes sur les utilisateurs de services numériques, on remarque que dans certaine population, il y a un phénomène de désabonnement. Ainsi, alors qu'on pouvait croire qu'elles étaient devenues utilisatrices, les compétences numériques minimales ne sont en fait pas acquises et leur absence conduit à l'incapacité à se servir des nouveaux médias. L'équipement généralisé peut être réalisé, mais cela ne suffit pas et cela n'apparaît pas comme la bonne réponse. Cependant, une des pistes à creuser reste que l'Etat, via l'arcepp, favorise l'accès généralisé internet à bas coût, plus tôt que l'accès dans quelques zones au très haut débit. Il n'en restera pas moins qu'il est nécessaire de développer des dispositifs d'accompagnement à l'usage et de sensibilisation à la culture numérique pour aider les publics les plus éloignés et faire en sorte qu'équiper les foyers est de sens.
Marie-Hélène Fréron, Créatif, Chargée de mission Accès Public à l'ARTESI-IDF
Marie-Hélène Fréron précise que Créatif réunit un collectif d'acteurs de l'accès public et de l'internet citoyen. Elle présente les propositions nationales de Créatif. Les actions de Créatif visent à l'appropriation sociale et citoyenne des nouveaux médias. Malgré l'essor de l'équipement, 40% des personnes sont exclues des usages. Or, ces personnes sont le plus souvent socialement en difficulté et se sentent de plus en plus exclues. Les initiaves existent. Créatif se propose de lancer six mesures en rapport avec le développement de l'accès public : une charte d'objectifs Net Public, le développement numérique des territoires, la définition du rôle des EPN dans le développement de l'e-administration, la présence d'un fonctionnaire d'Etat en charge de l'e-administration dans les EPN, la certification des animateurs.
Il s'agit au travers de ces mesures de garantir la pérénité d'un accès public et universel en valorisant des contenus publics.
Les propositions sont soumises au débat et à la discussion et peuvent être amendées. L'objectif de Créatif est de mutualiser les expériences et de travailler à une meilleure organisation de l'offre d'accès public à l'internet sur le territoire.
Représentant de la Caisse des dépôts
Une enquête sur les usages d'internet met en évidence que 28 millions de personnes se disent en difficulté devant des services numériques ou précisent n'avoir jamais accédé à l'internet.
La première difficulté est définie par la crainte de « ne pas y arriver », de rencontrer des obstacles dans l'usage.
De plus, la Caisse des Dépôts a fait réaliser une enquête par la SOFRES sur les cyberbases : les usagers sont très satisfaits de la qualité, de la disponibilité et des compétences de l'animateur : cela révèle combien l'accompagnement est la clef de voûte du dispositif. Près de 2/3 des usagers se disent satisfaits de ce qu'ils ont appris et plus des 2/3 étaient déjà équipés à domicile. Ainsi, les usagers des EPN préparent leur usage à domicile. 84% des usagers cyberbases pensent que ces lieux sont indipensables pour accompagner et pour apprendre. Quand ils maîtrisent les bases, ils veulent revenir.
Le réseau cyberbases, c'est 750 sites portés par des communes ou par les antennes de la Caisse des Dépôts. Cela représente 1600 animateurs qui sont réunis en réseau. L'espace public n'est pas seulement une salle équipée informatiquement, c'est pourquoi ces lieux doivent être inscrits dans les projets de ville.
La Caisse des Dépôts émet plusieurs propositions qui vont dans le même sens que celles proposées par Créatif :
faire reconnaître le métier d'animateur : il y a des chantiers à ce niveau-là. Les animateurs représentent plusieurs milliers de personnes sans pour autant avoir de reconnaissance dans la fonction publique territoriale.
Les enquêtes auprès des animateurs : 1/3 des élus s'impliquent dans la vie des EPN/cyberbases. Faire comprendre que ces espaces peuvent jouer un rôle dans la politique publique. Les directions regionales de la Caisse des Dépôts vont sensibiliser les élus sur ces questions.
L'enjeu se situe aussi dans une campagne de communication pour faire mieux connaître les EPN auprès du grand public.
le quatrième axe : il s'agit de réfléchir la pérénisation du modèle économique. Il s'agit de concevoir un modèle qui valorise des conventions avec les autres institutions.
Il est ensuite précisé que la Caisse des Dépôts et des Consignations contribue à l'ouverture d'espace et ceci, dans les hôpitaux, les établissements pénitentiaires, les Relais de Service Public, là où cela crée une nouvelle valeur.
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