Des tensions dans les usages
Un article de FormaVia.
Classé dans Compte-rendu, Synthèse, Wikiblog, Formacamp
Les acteurs de la formation s'accordent à penser l'usage des Technologies de l'Information et de la Communication, à introduire les médias numériques dans les prestations de formation. Mais au-delà de cette évidence, les modalités ne sont pas simples. Chacun réfléchit aux démarches pédagogiques et aux transformations organisationnelles que cela implique. Car la place aux TIC se configure en fonction des organismes, des lieux de formation (etc.) : elle s'impose dans un Espace Public Numérique où la culture numérique est un préalable, elle se discute et se négocie dans d'autres organismes dans lesquels on apprivoise progressivement le numérique et ses enjeux. Ces différences ne sont pas des barrières ou des freins, elles sont des éléments à prendre en compte pour pouvoir avancer ensemble.
Niveaux de maîtrise
Et, en effet, le rapport aux médias numériques ne se situe pas sur une échelle de Richter ; c'est un peu plus complexe que cela. Le premier palier ne correspond pas à ceux qui n'y connaissent rien et le dernier à ceux qui maîtrisent l'internet et les logiciels collaboratifs. On ne trouve pas sur le premier palier une personne a-connectée et sur le dernier une personne appartenant à tous les réseaux sociaux imaginables. « Tous prénumériques », nous avertit Jacques-François Marchandise. Et si les « digitals natives » existent, ils ont parfois tendance à naturaliser l'usage des TIC. Or, l'évidence de l'usage ne constitue pas en soi une compétence d'usage. Dans les conclusions du premier atelier sur l'individualisation des parcours, Stéphane Leprince (ADEA) souligne le fait que « les médias numériques posent la question de la « différence des publics » et de la gestion de « l'appétence, de l'appétit des publics » par les formateurs ». Ces deux aspects ne se recoupent pas uniquement avec le niveau d'études ou de qualification, cela concerne aussi le désir d'apprendre, la résistance à des objets peu connus, la crainte de ne pas y arriver.
Aussi est-il essentiel que les médias numériques soient intégrés à des projets pédagogiques, qu'ils soient articulés aux disciplines et en relation directe avec des pratiques professionnelles ou sociales de référence. C'est l'enjeu que mentionne Christine Vaufrey, rédactrice en chef de Thot, de « lier l'apprentissage à la pratique [...], c'est-à-dire que les TIC ne sont pas une petite bulle coupée de la vie ».
C'est non seulement la question de l'obligation à se servir des médias numériques qui se pose, mais aussi celle du mariage du formel et de l'informel. Il apparaît de plus en plus que le « numérique est une habileté [...] générale, et qu'elle doit être commune et partagée au travers d'une « génération éducative » » comme le soulignait le rapporteur du deuxième atelier individualisation. La fracture numérique n'est pas le problème politique réel ; ce dernier se situe davantage dans notre capacité à penser la place des TIC à chaque moment de la vie, à les contextualiser.
Nécessité d'accompagnement
Cette contextualisation suggère de penser les modalités d'accompagnement. C'est l'idée d'articuler des démarches d'éducation populaire, comme à la M@ison de Grigny, et des parcours de formation professionnalisant. Cette accompagnement répond à l'enjeu de créer de la continuité dans l'usage. Les acteurs du secteur du handicap ont conscience de cet impératif : « les TIC sont présentes à toutes les étapes du parcours des personnes handicapées. Elles permettent de maintenir le lien lors d'hospitalisation, de poursuivre les formations aux rythmes individuels », souligne Joël Dumontier. Cependant, « il faut sans cesse veiller à ce que le dispositif n'entraîne pas de l'exclusion, ne vienne pas compliquer certaines situations en isolant davantage ». Car les médias numériques créent du lien, et ce dernier doit être entretenu, doit être rendu tangible par les relations humaines et sensibles permises.
L'accompagnement conduit à effectuer les réglages. Il permet notamment de prendre en compte l'impossibilité de dupliquer des situations pédagogiques en ligne : un cours énoncé par un formateur diffère d'une transcription de ce cours. La situation pédagogique n'est pas la même, le scénario pédagogique est différent. C'est la capacité à prendre en compte cette différence qui est en jeu pour définir la place des TIC dans la formation. On ne peut imposer des objets pédago-numériques sous prétexte qu'ils soient innovants. Les rapporteurs n'ont cessé de brandir des garde-fous. Car avec l'internet, on ne duplique pas la réalité, on en construit une autre, différente sans aucun doute. Cela demande et implique un temps d'adaptation, tant pour les stagiaires, apprenants, que pour les formateurs.
Conclusion
La journée du FormaCamp a révélé combien il n'était pas toujours possible de trancher les questions que posent l'introduction des TIC. Elle a surtout mis en évidence qu'il n'était pas nécessaire de trancher. Il s'agit toujours de placer le curseur en fonction des personnes à former, des formateurs, des lieux, etc. Attentes et besoins en matière de TIC ne se décrètent pas, ils ne peuvent être compris dans une solution miraculeuse unique. L'enjeu est d'instaurer des dispositifs souples, fiables, pérennes, qui permettent à chacun de prendre le temps et d'intégrer les TIC dans des pratiques individuelles et professionnelles.
Signaler cette page 
